Chris de Stoop – Ceci est ma ferme

CHRIS DE STOOP
Ceci est ma ferme 

Voici une chronique qui me fera peut-être gagner quelques ennemis…
Chris de Stoop est un journaliste belge flamand, fils d’agriculteur-éleveur des polders près d’Anvers.
A la mort de son frère ainé, suicidé par désespoir de perdre son travail de paysan, il reprend l’exploitation familiale. Celle-ci, comme tant d’autres, est menacée par les « compensations
écologiques » exigées par les verts (sic) et gardiens de la nature (sic) censées remédier à
l’agrandissement du port d’Anvers. Ces compensations sont programmées du loin des bureaux de
techniciens bio (sic) qui ne se soucient ni des hommes, ni du passé. La paysannerie des polders date
des XII-XIIIème siècle : or, aujourd’hui les traditions humaines et agricoles disparaissent devant les
dépolderisations ; à grands coups de millions d’euros, on exproprie, on expulse les paysans pour
mettre en place un réensauvagement technocratique, maladroit et surtout inhumain.

« Mais quelle est cette vision d’une nature dont l’homme ne ferait pas partie, mais lui serait plutôt étranger ? Toutes les traces de siècles d’agriculture et d’habitat sont effacées. Tabula rasa (…) la nature est devenue une sorte de matière première pour développeurs de projets verts » (p.113 & 119).

Voici un livre magnifique et émouvant : il est empli d’interrogations intelligentes et pertinentes sur
notre modernité qui se veut écologique, mais oublie la dimension humaine, au profit d’une nature
préfabriquée et artificielle. Et il est d’autant plus émouvant que l’auteur accompagne sa mère, en fin
de vie, mais toujours attachée à sa ferme, celle pour qui elle a travaillé toute sa vie jusqu’à n’en plus
pouvoir.
Nous sommes dans les polders flamands, nous sommes loin du Vercors, loin du Diois, mais la
problématique n’est-elle pas parfois la même ? L’oubli du passé humain, de ces hommes attachés à
leurs terres et à leur travail.

Chris de Stoop, Ceci est ma ferme, Editions Christian Bourgois, septembre 2018. Traduit du néerlandais (Belgique) par Micheline Goche. 320 pages, 20 €. Réserver