Emma Cline – The Girls

EMMA CLINE
The Girls

Ce premier roman d’Emma Cline,  née en 1989, est une réussite à laquelle on prend beaucoup d’intérêt et de plaisir.

Evie Boyd, déjà âgée, à l’occasion d’une rencontre avec deux jeunes ados, revient sur son adolescence. A 14 ans, vivant seule avec sa mère, elle tombe un jour en fascination devant Suzanne, à peine plus âgée qu’elle, mais qui lui semble libérée, dans un monde nouveau ; complètement différent du sien, morne, classique et décevant.

Je levais les yeux à cause du rire, et je continuai à regarder à cause des filles.

Je remarquai leurs cheveux tout d’abord, longs et pas coiffés. Puis leurs bijoux qui captaient l’éclat du soleil. Toutes les trois étaient trop loin, je ne voyais que les contours de leurs traits, mais çà n’avait pas d’importance : je savais qu’elles étaient différentes de toutes les autres personnes dans le parc (…)

Je les observai bouche bée, sans honte, ni retenue : il me paraissait impossible qu’elles se tournent vers moi et me remarquent (…) je vis tout de suite que celle aux cheveux noirs était la plus jolie (…) Une impression surnaturelle flottait autour d’elle et une robe à smocks sale couvrait à peine son cul (…) l’ambiance ordinaire était perturbée par le chemin que traçaient les filles dans le monde normal. Aussi racées et inconscientes que des requins qui fendent les flots.

(Extraits du prologue, p. 7-8)

Nous sommes à la fin des années 60, en Californie…

Evie arrive à entrer en contact avec cette Suzanne, pourtant froide et lointaine. Elle découvre alors un monde nouveau : une sorte de secte, communauté libérée de toute contrainte, où chacun vit sans limite, selon ses pulsions, ses envies et ses flemmes… Russell, un mauvais guitariste, en est le gourou admiré. Evie est à la fois fascinée et rebutée par ce mode de vie qui représente pour elle une ouverture, un souffle d’air ; mais elle recherche surtout l’amitié de Suzanne. Celle-ci la protègera en la rejetant lorsque le drame final, inéluctable, se précisera et se réalisera…

Voilà un roman prenant, pas toujours parfait dans sa forme, mais juste et pertinent sur l’adolescence face à des fausses libertés.

B.

Emma Cline, The Girls, Editions Quai Voltaire. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jean Esch, septembre 2016. 332 pages, 21 €. Réserver