Joyce Carol Oates – L’Homme sans ombre

JOYCE CAROL OATES
L’Homme sans ombre

Joyce Carol Oates est probablement une des romancières les plus prolifiques  des dernières décennies : plus d’une soixantaine de romans et recueils de nouvelles sont traduits en français chez Stock et Philippe Rey. Ce n’est pas forcément signe de qualité littéraire, mais avec elle, si !

Il y a quelque chose chez elle, dans ses œuvres qui non seulement mérite attention, mais nous fait voyager dans les tréfonds des âmes et des relations humaines. Avec leurs  joies et aussi leurs horreurs.

Les quelques livres que j’ai lus d’elle m’ont tous marqué et impressionné, laissé un souvenir fort : Petite sœur, mon amour, Mudwoman, Blonde (sur Marilyn Monroe), J’ai réussi à rester en vie (sur la mort de son premier mari)… Tant d’autres, ils ont tous été chocs et bonheurs de lecture.

L’homme sans ombre s’appelle Elihu Hooper, issu d’une famille bourgeoise, il devient amnésique à l’âge de 37 ans, suite à une encéphalite grave. Il deviendra mondialement connu, anonyme, sous le titre de « le cas E.H »

Une personne peut-elle être sans ombre ? Sans mémoire, on est comme sans ombre.
– Je suis cette personne. Je pense.
Avec précaution, il parle tout haut. Sa propre voix lui est devenue étrangère. (p.321)

Joyce Carol Oates nous conte l’itinéraire d’une jeune doctorante en neuropsychologie, Margot Sharpe, qui suit ce cas d’amnésie grave : le patient oublie le passé de plus de 70 secondes, mais n’oublie pas, flou et confus, le passé de l’enfance et de la jeune maturité. Margot Sharpe passera plus de trente années, de jeune doctorante, assistante sous la férule du Dr Ferris, à directrice de recherches sur le cas E.H.

Toutes ces décennies passées avec un homme qui ne la reconnaît pas chaque matin.

« Hel-lo », et ne la reconnaît pas une minute après… La passion scientifique se transforme, et naît une histoire d’amour. Univoque, de Margot vers Elihu. Il y a d’un côté, une exclusivité d’homme, de l’autre un oubli constant et un refus de vieillir, Elihu a toujours 37 ans dans sa tête.

Il n’y a pas de drame dans ce roman, pas de coup de théâtre (certains lecteurs pourront se lasser des batteries de tests infligés à E.H) mais il y a une passion amoureuse forte et prenante, originale.

« L’une des histoires d’amour les plus étranges et poignantes de la littérature contemporaine »
(Critique du Washington Post).

Et c’est tout le talent de Joyce Carol Oates de nous faire sentir et ressentir la passion d’une chercheuse scientifique en même temps que celle d’une femme.

Joyce Carol Oates, L’Homme sans ombre. Editions Philippe Rey, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Claude Sebban. Octobre 2018. 395 p., 23 €. Réserver