Kamel Daoud – Zabor ou les psaumes

KAMEL DAOUD
Zabor ou les psaumes 

Zabor, le narrateur, est un jeune homme, hors-norme, rejeté, mal accepté, maladif, « à la voix de chèvre « . Il est le fils ainé de Hadj Brahim, riche  » boucher «  et négociant en moutons. Celui-ci, après avoir répudié sa première épouse, l’exile avec son fils « au-delà de la forêt des figuiers de Barbarie », dans le désert. Sa mère décédée, Zabor est recueilli par sa tante (merveilleuse Hadjer), que Brahim case avec son propre père sénile dans une maison en bas du village.

Zabor connaît l’enfance d’un paria, fréquentant avec ennui l’école et avec crainte ses condisciples. Il est sujet à des crises de peur, de cris, de convulsions, « possédé par le mauvais œil « . Ce qui lui vaut les moqueries de ses camarades, mais l’amour et la protection de sa tante, mère de substitution.

Du fait de sa solitude, Zabor est fasciné par le livre et l’écriture, il y trouvera son destin : il écrira pour sauver ou prolonger la vie des mourants. « La centaine de livres que j’ai lus m’a prouvé que l’éternité existe et qu’on peut la préserver par la transcription et le déchiffrement. Il suffit de lire sans cesse et (…) écrire sans cesse » (p.88). Au chevet des mourants où les villageois l’appellent en dernier recours, Zabor noircit des centaines de cahiers afin de les sauver ou de les prolonger. Jusqu’au jour où ses demi-frères, malgré leur dégoût et leur haine, l’appellent au chevet de Brahim, son père indigne…

Nous pensons tous à Schéhérazade en écoutant Zabor : comme elle prolongeait sa vie en contant mille et une histoires, Zabor prolonge la vie des habitants du village isolé où il vit.  » Je suis sûr que j’avais découvert la meilleure ruse contre la mort. La plus efficace.  » (p. 325).

Kamel Daoud nous offre un conte oriental, avec ses répétitions et redondances, où le merveilleux et le fantastique sont toujours présents dans un monde rural dur, violent, borné et superstitieux. Le héros se sauve en psalmodiant, en écrivant ; il se démarque de cette société qui l’a rejeté et croit se sauver. Dans une langue magnifique où les métaphores abondent et nous enchantent, Kamel Daoud nous livre une profonde réflexion sur l’existence d’un paria mais aussi sur la mort du père : « La vérité, je la connais : quand le père se meurt, il n’y a plus rien entre vous et la mort » (p. 240).

Ce roman est un chant d’amour à l’écriture et à la lecture, d’une beauté de style rare. « L’écriture est le contraire du sable car c’est le contraire de la dispersion » (p.246).

Dernière citation : « Il faut écrire un grand roman à contre-courant du Livre sacré’ (p.245). Kamel Daoud l’a peut-être fait.

Kamel Daoud, Zabor ou Les psaumes, Actes-Sud, août 2017. 336 pages, 21€.  Réserver