Magda Szabo – Abigaël

MAGDA SZABO
Abigaël

A l’heure où l’on fête le centenaire de sa naissance, les éditions Viviane Hamy publient un magnifique roman inédit de cette auteure connue pour son livre La Porte (Prix Femina étranger 2003).

Abigaël est une statue, placée au fond du jardin d’une institution religieuse calviniste pour jeunes filles, Matula.

« Levant les yeux, elle vit qu’elles étaient arrivées au fond du jardin, où un haut mur de pierre fixait la limite de Matula. Dans l’épaisseur du mur était creusée une niche où se trouvait une statue de jeune fille. Ses cheveux retenus par un bandeau bouclaient sur son front gracieux, et elle tenait entre ses mains une cruche ancienne. (…) La statue était souriante, mais son sourire était grave, comme celui de très jeunes filles au comble du bonheur » (p. 53-54).

Abigaël est, aux yeux des jeunes filles, la confidente de leurs vœux secrets qu’elle est censée exaucer ; pour Gina, l’héroïne de ce roman, cela n’est que superstition. Mais pourtant cette statue sera peut-être pour elle aussi une porte de sortie, un soutien.

Nous sommes en 1942-1943 en Hongrie : rappelons qu’à cette époque, la Hongrie était, sous la férule du dictateur Horthy, l’alliée de l’Allemagne nazie et de l’Italie fasciste. Gina est la fille d’un général veuf qui adore sa seule enfant. Dans le plus grand secret, le général place sa fille dans ce pensionnat pour la protéger car il sait sa fille en danger, je ne dévoilerais pas ici pour quelles raisons ! Dans cette école rigoureuse où la discipline est de fer, où la fantaisie n’a pas lieu d’être, où la religion domine tout, Gina a du mal à s’intégrer et à supporter les règles et la vie en commun. Suite à une bévue, Gina est rejetée par ses camarades : il y a des pages terribles sur l’ostracisme dont les autres filles la frappent. Elle tente de s’évader pour rejoindre son père… Je vous laisse découvrir les multiples péripéties du parcours de Gina.

Il y a de très beaux portraits dans ce roman : outre l’héroïne, très attachante, ses camarades et les professeurs, il y a surtout celui de Zsuzsanna, la diaconesse préfète des jeunes filles. « Oh Zsuzsanna, la sévère Zsuzsanna ! » (p.149). Tous y sont contés avec grande finesse, par petites touches délicates.

Magda Szabo laisse planer du mystère tout en nous contant avec humanité des histoires de jeunes filles, très loin de la guerre qui est pourtant bien présente, en arrière-plan menaçant. Une réussite !

Magda Szabo, AbigaëlEditions Viviane Hamy, traduit du hongrois par Chantal Philippe, Septembre 2017, 424 pages, 22€. Réserver