Paolo Cognetti – Les huit montagnes

PAOLO COGNETTI
Les huit montagnes

 « Mon père avait une façon bien à lui d’aller en montagne. Peu versée dans la méditation, tout en acharnement et en bravade. Il montait sans économiser ses forces, toujours dans une course contre quelqu’un ou quelque chose, et quand le sentier tirait en longueur, il coupait par la ligne la plus verticale. Avec lui, il était interdit de s’arrêter, interdit de se plaindre de la faim, de la fatigue ou du froid, mais on pouvait chanter une belle chanson, surtout sous l’orage ou en plein brouillard. Et dévaler les névés en lançant des cris d’Indiens. » (p.9)

Pietro, le narrateur, est un jeune garçon de la ville initié au bonheur de l’apprentissage et de l’exploration de la montagne par son père. Celui-ci est un marcheur dur et exigeant, forcené même et sans concession avec son fils. Mais ce n’est qu’avec Bruno, jeune garçon d’un village reculé que Pietro découvrira vraiment les bonheurs –et les difficultés- de la vie en montagne. Ou plutôt des montagnes, car elles sont d’une diversité sans limite. Tout le talent de Paolo Cognetti est dans le soin qu’il met à décrire leurs paysages, leurs secrets. Entre Pietro et Bruno, enfants si différents, naîtra une amitié forte qui durera jusqu’à l’âge adulte.

Le lecteur peut aborder cet ouvrage par plusieurs biais : celui de la relation entre Pietro et son père, ou celui de l’amitié entre Pietro et Bruno, ou encore celui de la découverte et de l’immersion dans les paysages de montagne. Mais il y a aussi la présence de la mère, un peu en arrière-plan, mais si importante dans le destin des trois hommes.

Une histoire de filiation d’abord, puis une histoire d’amitié sans faille et surtout enfin un hymne, parfois lyrique, à la montagne.  Un bonheur de lecture qui peut toucher tout lecteur.

« L’air ce jour-là n’était pas figé comme en plein été. Sur les cailloux tièdes un vent plus froid soufflait qui, en se frayant entre les fleurs, emportait avec lui de douces poussières de pollen et agitait les feuilles. Par-dessus ce souffle, en écoutant bien, j’entendis un murmure. Différent de celui que l’eau fait en plein jour, un bruit plus sourd et profond. Il semblait provenir des pierres. Je compris ce que c’était et me mis à le suivre, montant plus haut encore, à la recherche de cette eau que j’entendais et ne voyais pas, tel un sourcier. Bruno, qui savait déjà ce que nous allions découvrir, me laissait prendre les devants. » (p.87)

Paolo Cognetti, Les huit montagnes, Éditions Stock, La Cosmopolite, 2017. Traduit de l’italien par Anita Rochedy. 21.50 €. Réserver