Richard Wagamese – Jeu blanc

RICHARD WAGAMESE
Jeu Blanc

Les éditions Zoé ont découvert un auteur de talent qu’elles nous font le bonheur de partager. Après Les étoiles s’éteignent à l’aube, voici Jeu blanc, un nouveau roman très différent du premier, plus fort dans ses dénonciations, plus militant peut-être…

Comme l’auteur, le narrateur Saul Indian Horse est un jeune garçon indien, ojibwé de l’ouest du Canada. Enfant, il est arraché à sa famille, comme tant d’autres jeunes indiens et placé dans une école catholique, le St. Jerome’s Indian Residential School. Là, la discipline y est de fer, terrible et violente : l’on y force, de toutes les manières, même les pires, les enfants indiens à oublier leurs croyances et leur culture pour embrasser la foi et la soumission chrétienne. Les enfants n’y sont pas des individus, ils ne sont rien que de la matière à mouler. Et sinon, on jette leurs cadavres morts de souffrances et de privation ou suicidés… Il y a des pages terribles sur ce collège : c’était dans les années soixante, au Canada.

« St. Jerome’s vola toute la lumière de mon monde. Tout ce que je connaissais s’évanouit derrière moi avec un bruissement audible, comme celui de l’orignal quand il disparaît au milieu des épicéas » (p.52).

Mais pour Saul, il y a une échappatoire : le hockey sur glace où il lui semble qu’il peut se réaliser, s’évader, être lui-même, devenir un être humain. Richard Wagamese réussit ce tour de force de nous intéresser à ce sport pour lequel Saul met toute son énergie et devient, à force de travail et d’entraînement, un champion.

Le sport est pour lui un espoir de liberté et de reconnaissance… Mais Saul déchantera vite, il restera toujours un indien, en butte aux pires vexations du racisme des « blancs ». Le jeu est blanc, il n’est pas pour les « manitous ».

Ce roman très engagé, autobiographique aussi sans doute, est une dénonciation de la société canadienne des années soixante et soixante-dix, du racisme ordinaire de cette société blanche dominatrice. Au-delà, le talent de Richard Wagamese est nous faire découvrir le parcours d’un jeune indien, avec sa culture animiste, traditionnelle dans un monde occidental, monothéiste et moderne. De nous faire sentir le rejet, l’exclusion d’un individu qui n’y a aucune chance. Et qui risque de finir dans l’alcool : on retrouve ici un thème de son livre Les étoiles s’éteignent à l’aube.

Richard Wagamese écrit avec simplicité, on le lit avec facilité. Il n’y a pas de fioritures chez lui mais parfois, quand il le faut, une grande poésie.

Voici ce qu’il écrit sur sa famille, son peuple, au tout début du livre, comme une incantation :

« On dit que nos pommettes ont été taillées dans ces chaînes granitiques qui s’élèvent au-dessus de notre patrie. On dit que le brun profond de nos yeux a suinté de la terre féconde autour des lacs et des marécages. Les Anciens disent que nos longs cheveux raides viennent des herbes ondulantes qui tapissent les rives des baies. Nos pieds et nos mains sont larges, plats et forts comme les pattes d’un ours. » (p. 7)

RICHARD WAGAMESE, Jeu Blanc, Editions Zoé, septembre 2017. 253 p. 20,90€. Traduit de l’anglais par Christine Raguet. Réserver