Chimères tropicales

Chimères tropicales

Corinne Morel Darleux

Dans ce nouveau roman l’autrice nous embarque dans un récit kaléïdoscopique. Nous rencontrons d’abord le personnage d’Ariane, qui croise elle-même le destin d’enfants, Victoria et Félix, survivants d’un crach d’avion au-dessus de la forêt amazonienne. On suit leur périple dans la jungle, en compagnie d’une jeune fille, Emily, autre rescapée d’un accident survenu des décennies plus tôt. Madeleine, Cadillac et Werner Herzog rejoignent cette compagnie de personnages et nous accompagnent d’un monde à l’autre, du quotidien d’Ariane en France à la jungle amazonienne. Car Ariane est étrangement obsédée par cette histoire, autant que par les Tropiques, où elle n’a jamais mis les pieds mais où la fiction va l’embarquer totalement, corps et âme.

La présence de l’oeuvre d’Herzog -et notamment les références à l’histoire de Fitzcaraldo– coïncide avec l’identité formelle de ce roman. Il y a dans Chimères tropicales des chimérismes qu’on a pu voir au cinéma, un recours aux possibilités infinies de l’illusion et de la fiction pour faire coexister plusieurs réalités plus souvent utilisée au cinéma qu’en littérature.

Corinne Morel Darleux s’en donne à coeur joie pour créer un texte où le fil narratif (Ariane) fait des tours et des détours, des voltes, invente des « rallongis » autant qu’elle s’autorise de raccourcis, tout en parvenant à nous tenir en haleine, à nous faire accepter l’improbable, puisque, après tout, c’est bien de fiction qu’il s’agit. L’autrice use d’un style enjoué ; le texte est parsemé d’images scintillantes, de saillies interpellant le lecteur ou la lectrice, d’accès de lucidité subits lorsque l’étrange devient nébuleux. C’est un roman psychédélique et gai en dépit des rames qui le traversent. Nous ne saurions mieux conclure ici qu’en reprenant le texte de l’éditeur : « Corinne Morel Darleux nous parle du pouvoir de l’imagination, de son caractère aussi subversif que salvateur, et explore les instants de nos existences où l’illusion envahit notre esprit. »

Ed. Dalva, 2026 – 21,50€