Knight Club – tome 1
Knight Club – tome 1
Arthur de Pins
BD d’aventure médiévale, Knight* Club est une adaptation des Sept samouraïs, histoire reprise par Hollywood avec les Sept mercenaires. Et voici une très bonne version écrite et dessinée par Arthur de Pins (auteur entre autre de la série Zombillenium publiée chez Dupuis).
L’action se situe au 12e au Moyen Orient. Les Franjs – les croisés – font des razzias autour de la Ville Sainte, et un petit village au Nord de Jérusalem, sur la route de Tripoli, est victime des exactions d’un groupe de soldats. Sauf que, à défaut de posséder une potion magique qui leur permettrait de résister encore et toujours à l’envahisseur, le village en question a une spécialité, la forge, et compte dessus pour s’en sortir.
« Beitunia est située au carrefour de toutes les civilisations. C’est un défilé perpétuel de conquêtes et de reconquêtes. Cananéens, Egyptiens, Grecs, Hébreux, Romains, Byzantins, Arabes, Turcs, et maintenant Franjs. »
Pour illustrer ce défilé perpétuel, Arthur de Pins utilise toute la double page, avec sur la droite une carte de la région, et en haut à gauche une sorte de grand tapis figurant un défilé de mode, sur lequel sont présentés les envahisseurs précités, dans des postures évoquant un défilé de mode. Car oui, Knight club est une BD très drôle, bien que la violence y soit récurrente et sans fard, avec une tendance à l’esthétisation des combats qui peut heurter (ou pas). Les dialogues sont fins et dynamiques, les jurons très inventifs, et tout est bien dosé et en parfaite synergie avec le dessin : voir les tronches renfrognées et édentées des soldats.
On suit le personnage de Séraphine, jeune forgeronne qui part en mission afin de recruter, en échange des armes et armures redoutables de son atelier, les mercenaires qui sauront protéger son village des raids dont il est régulièrement victime. Alors qu’elle se rend à Damas, elle est interpellée par une petite troupe de croisés, escortant un prisonnier. Face au refus des soldats de la laisser passer, elle utilise la ruse, et fait ainsi du prisonnier, Yusef, sa première recrue. Sur le conseil de ce dernier, le duo par pour Jérusalem chercher d’autres mercenaires. Séraphine recrute tour à tour un ténébreux guerrier, un syrien lubrique, une archère voleuse, bref, toute une galerie de personnages hauts en couleur, et talentueux autant que redoutables combattants et combattantes. Tous et toutes sont issus d’un peuple différent, représentant.e d’une religion différente, ce qui va occasionner quelques disputes et crêpages de chignons. Derrière cette galerie de portraits, l’auteur distille finement et discrètement une page de l’histoire du Moyen Orient.
Comme dans les 7 samouraïs, la fine équipe une fois arrivée au village forme une partie des villageois à l’art de la défense et de l’attaque, tandis que Séraphine, en paiement de leurs services, forge pour chaque mercenaire une armure sur mesure.
Les Franjs arrivent, le village sera attaqué, et ce tome 1 se termine sur une note dramatique qui fera que, bien sûr, je me précipiterai et vous vous précipiterez sur le tome 2.
Alors certes, on peut être arrêté.e par le dessin, réalisé entièrement sur ordinateur, il y a probablement plusieurs écoles chez les lecteurs et lectrices de BD, et l’approche esthétique est primordiale. Finalement cela vaut aussi pour les romans, dont le style nous embarque ou nous rebute. Quant à moi je suis séduite par le style et l’inventivité de ce dessinateur. Arthur de Pins réussit un récit dynamique, brosse des décors grandioses aux tons ocres rendant parfaitement l’atmosphère sèche et chaude de la région, et des personnages très très réussis, sur le fonds et la forme.
- knight = chevalier en anglais
Ed. Dupuis -décembre 2025 – 23.50€