Lazar
Lazar
Nielo Biedermann
Ce roman historique, inspiré de la propre famille de l’auteur, suit le destin d’une famille de la noblesse hongroise sur trois générations, de la fin de l’Empire des Habsbourg à la révolution hongroise en 1956.
« Alors que l’orée de la forêt obscure était encore jonchée de la neige du siècle défunt, Lajos von Lázár, l’enfant translucide aux yeux bleu lac, aperçut pour la première fois l’homme qu’il croirait, jusqu’à sa mort, et même au-delà, être son père. »
Cette première phrase, magnifique, ressemble au début d’un conte, et l’on découvre un manoir qui semble avoir une vie propre comme s’il conservait l’âme des générations qui y ont vécu, une forêt profonde et mystérieuse, un enfant étrange dont la transparence de la peau semble le condamner à être exposé aux yeux de tous alors qu’il naît dans une famille emplie de secrets.
Mais le cadre historique, lui, est complètement réaliste : le manoir en question est situé près de Pécs à la frontière sud de la Hongrie actuelle. Il appartient depuis des siècles à la famille Lázár, aristocrates dont on va suivre la destinée tourmentée de la Première guerre mondiale jusqu’à la répression de la révolution hongroise en 1956, du démantèlement de l’empire d’Autriche-Hongrie jusqu’à l’occupation soviétique, en passant par la Seconde guerre mondiale avec ses Croix fléchées et l’extermination des Juifs en 1943-44.
Mêlées à ces épisodes historiques, la vie des Lázár est bouleversée, les drames familiaux se mêlent aux soubresauts de l’Histoire, sur un rythme mélangeant accélérations et descriptions plus contemplatives, comme une succession d’instantanés saisis à des moments différents et avec des points de vue différents, sans aucun superflu, un sentiment d’urgence sous-jacent affleurant à mesure que la famille sombre. Les personnages, y compris secondaires, sont très réussis et parviennent à vivre et évoluer malgré la concision de la narration.
Nielo Biedermann fait la part belle au romanesque, avec une poésie discrète, sublimant la beauté de la nature ou évoquant le sens de la création, mais aussi des scènes troublantes, violentes, une ironie dramatique et une profonde mélancolie. À travers le destin de la famille Lázár, c’est tout un monde qui vacille, sans pourtant jamais renoncer à l’espoir d’une possible réinvention.
Belfond, 2026 – 23€