Les grues volent vers le sud
Les grues volent vers le sud
Lisa Ridzèn
traduit du suedois par Catherine Renaud
Lisa Ridzén est née en 1988 en Suède, sociologue de formation, Les grues volent vers le sud est son premier roman. Il a connu un véritable succès en Suède en ayant gagné le prix du livre de l’année.
Depuis que sa femme a été admise en maison spécialisée, Bo vit seul avec son chien Sixten dans la campagne au nord de la Suède. Il aime s’endormir la main dans son pelage et le promener dans la forêt qui borde la petite maison. Son quotidien est rythmé par les coups de fil passés à son vieil ami, les visites ponctuelles de son fils et sa petite fille et depuis quelques années déjà, par les allées et venues des aides à domicile. Chaque jour, ils se relaient pour préparer son repas, faire sa toilette et discuter autour d’un café. Bo vit déjà mal cette dépendance et cette surprotection quand un jour, son fils Hans, décrète qu’il n’est plus en capacité de s’occuper de son chien. Pour Bo, c’est un déchirement absolu, comment imaginer la vie sans le seul être qui semble encore le comprendre ? C’est aussi le symbole d’une perte totale de libre-arbitre, on ne demande même plus son avis à cet homme qui n’a, semble t-il, jamais eu besoin de personne. La décision est donc prise d’emmener Sixten, mais Bo n’a pas l’intention de se laisser faire si facilement.
À 89 ans, c’est l’occasion pour lui de revenir sur sa vie, son enfance et sa relation tempétueuse avec son père, puis sur l’émancipation et l’existence simple et pleine d’amour qu’il a menée avec sa femme et son fils. Il tente de comprendre comment sa relation avec celui-ci a pu devenir ce qu’elle est aujourd’hui. Lui qui a grandi avec un père sévère qu’il détestait a-t-il reproduit les mêmes schémas avec Hans ?
C’est là que l’on retrouve tout le travail de l’autrice, doctorante en sociologie, elle étudie les normes de la masculinité dans les communautés rurales du Norrland. Ce roman, c’est le crépuscule de la vie d’un homme, une histoire bouleversante sur un monsieur tout le monde. Lisa Ridzén, avec une sensibilité inouïe ne nous laisse jamais tomber dans la pitié face à ce grand-père, ce père et ce fils incapables de dire l’amour. Elle nous raconte aussi avec délicatesse et beaucoup d’humanité le corps vieillissant, la solitude, la perte d’autonomie et n’oublie pas, au fil du récit, de nous conter une nature magnifique, des forêts qui regorgent de vie dans lesquelles on aimerait pouvoir se perdre.
Éditions La Peuplade, 23€