Mexico Médée
Mexico Médée
Dahlia de la Cerda
traduit de l’espagnol (Mexique) par Lise Belperron
Autrice et activiste, Dahlia de la Cerda vit au Mexique où elle co-dirige un collectif féministe Morras Help Morras. En 2019, elle remporte le prestigieux Premio Nacional de Cuento Joven Comala pour « Chienne de garde ». Avec Mexico Médée, elle signe son deuxième recueil de nouvelles.
Immédiatement plongé dans le récit, en premier lieu, on tente de déchiffrer. Il y a cette impression étrange d’arriver au beau milieu d’une conversation plutôt intime. Très rapidement, tout s’éclaire, la narratrice nous raconte une histoire, la sienne, sa rencontre avec Médée. La magicienne apparaît dans une version rock’n roll, habillée tout en noir, couverte de tatouages. À chaque chapitre, chaque histoire, elle apporte ses herbes et ses potions pour venir en aide aux habitantes d’Aztlàn, un lieu mythologique Aztèque symbolisant le Mexique.
Médée accompagne ces adolescentes dans leur décision d’avorter, mais aussi dans celle de donner la vie ou de s’extraire de relations abusives. À travers ces femmes au destin apparemment tout tracé la magicienne se retrouve.
Ici, Dahlia de la Cerda dresse le portrait d’une jeunesse qui grandit sur un territoire gangrené par le narcotrafic. Elle y dénonce la violence du crime organisé, mais aussi celle de l’armée, avec la complicité de l’État.
Dans cette brutalité quotidienne, ces femmes, ces filles persistent à vivre — à vivre libres. L’autrice insiste, il existe des issues, elles peuvent devenir les héroïnes de leur propre histoire et refuser de reproduire les schémas machistes qu’elles ont toujours connus. Chacune a un plat favori, une chanson qu’elle aime : elles ne sont pas seulement des victimes, ni les filles ou les sœurs de quelqu’un. Elles existent par elles-mêmes. En explorant leurs joies et leurs moments de complicité, Dahlia de la Cerda leur rend un visage et une volonté propres. À travers elles, Médée peut enfin espérer la rédemption.
Dahlia de la Cerda propose un récit hors des sentiers battus, une immersion intense qui réinterroge ce que signifie être femme, mère ou fille. Comme Jason, les hommes aspirent à l’héroïsme et rêvent de passer à la postérité. Restent alors les Médée, femmes trahies et abandonnées, qui trouvent ici un espace pour se rassembler, s’entraider.
Éditions du sous-sol, 21,50€