Qui se souvient de Joseph Diop ?

Qui se souvient de Joseph Diop ?

Nicolas Cardelet

Une belle surprise que cette fausse enquête sur une star du foot. Fausse enquête puisque Joseph Diop n’existe pas, mais dans ce roman qui est une pure fiction, il serait l’équivalent d’un David Beckham ou d’un Didier Drogba, mondialement connu. Car Joseph Diop est un prodige. Repéré à Dakar par Ernesto, qui sera son agent jusqu’au bout, formé à Rennes puis en Angleterre, devenant l’attaquant star de Liverpool, Diop connaît le succès et embrasse la carrière dont rêvent tant de jeunes. Il a le talent et les fulgurances géniales qui marquent les matchs et les esprits, les clubs se l’arrachent, et il gagne des millions. Au Sénégal où il joue en équipe nationale, on le suit, très tôt sur le petit écran acheté par sa mère, puis partout, en portant des contrefaçons de son maillot. En 2010, Joseph Diop est acheté par le club de Shangai, y joue quelques matchs, et disparaît. Complètement. Dix ans plus tard, le narrateur – journaliste que le foot ne fascine pas – se penche sur cette étrange disparition, et remonte le vie de cet homme, à chaque étape de sa progression, y compris les quelques échecs. D’époque en époque, est mise à jour la solitude, l’absence de liberté que ne comblent ni le statut de star, ni l’argent. Tenace, le journaliste remonte la piste de Diop. Jusqu’au bout…

Bien sûr on apprend plein de choses sur le foot, d’autant plus que le personnage est bien la seule choses fictive : l’organisation des sélections, les championnats, le fonctionnement des clubs, tout le cadre est minutieusement documenté sans être pesant. La plume de Cartelet satisfera les amateurs de ballon rond par quelques passages sur des actions de Diop et les ambiances de stade : « Jospeh Diop qui ne réfléchit plus, lui non plus, ce soir l’audace est est contagieuse, et prend ce parti fou de bondir, de se coucher au milieu du ciel d’Hampden Park, à l’exact point de chute du ballon. Il a ce geste évident de pureté, à montrer dans les écoles de football ont dit les connaisseurs, à regarder sur YouTube ont dit tous les autres, le coup de pied dont la force imprimée au ballon transforme la mollesse de sa trajectoire en frappe sèche et limpide, droit au but. ». Pourtant le vrai sujet de ce roman c’est bien la célébrité, et l’évanescence de celle-ci : car s’il avait son visage projeté sur écran géant, une statue à son effigie à Liverpool, si la presse people ne ratait aucun épisode de sa vie amoureuse, si partout dans le monde les enfants connaissaient son nom, qui se souvient, aujourd’hui, de Joseph Diop ?

Historien de formation, éditeur de métier, Nicolas Cartelet est l’auteur de Dernières fleurs avant la fin du monde (Mnémos – Le Livre de Poche, 2018) et du Livre de Nathan (Mnémos – Le Livre de Poche, 2025), tous deux nommés au Grand Prix de l’Imaginaire.

Editions Flammarion, 2026 – 20 €