A voix haute
A voix haute
Polina Panassenko
Ayant grandi partiellement en France, la jeune Polina vit une vie insouciante entre France et Russie, entre langue française et langue russe. Elle est parfois agacée, parfois interloquée par les situations générées par sa double identité, par les sous-entendus de ses proches, par tout ce qu’elle ne comprend pas.
À 20 ans, elle décide de postuler à la prestigieuse Ecole du Théâtre National, à Moscou. Elle finit par convaincre un ancien acteur russe vivant en France de la préparer au concours. Il l’affuble du surnom de noisette coriace, qui va comme un gant à notre narratrice. À Moscou, où elle loge chez son grand-père, elle découvre à l’école comme dans l’appartement communautaire de son grand-père, avec lequel elle vit, une façon subtile et insoupçonnée de vivre, des règles tacites qu’elle expérimente et vienne peu à peu combler ses interrogations et incompréhensions passées. À Moscou, il est des choses que l’on ne dit pas, même derrière les murs de chez-soi, « ou alors, à voix basse ». Partout on perçoit partout la peur, poisseuse.
Comme encombrée par la situation, l’autrice part en quête d’archives pour mettre à jour le destin de son arrière-arrière-grand-père, remontant le chemin de la déportation jusqu’en extrême Orient, jusqu’à la funestement célèbre Kolyma. La noisette coriace ira au bout de cette quête.
La narration est maîtrisée, faussement légère car portée par un style plein d’humour, et laisse toutefois une large place à l’émotion réelle qui surgit dans le récit.
Après le très réussi Tenir sa langue, l’autrice nous emmène une nouvelle fois dans une très bonne auto-fiction. Elle relate son parcours entre la France et la Russie, et parvient à faire de sa quête familiale un joli roman sans fioriture ni égocentrisme, qui nous tient en haleine jusqu’au bout, et témoigne de façon impeccable et implacable de l’impact d’un régime dictatorial sur les membres d’une famille, même au bout de plusieurs générations.
« Et vient un silence. ce n’est pas le même silence que l’instant d’avant. L’instant d’avant, on n’avait rien à dire. Maintenant, on ne peut plus parler. »
Editions de l’Olivier, 2026 – 19.50€