La méthode suédoise
La méthode suédoise
Yasmina Behagle
Premier roman d’une autrice aux éditions Le dilettante, créée en 1976 par un libraire parisien.
Les couvertures du dilettante, souvent dessinées, ont un côté très 20e siècle, et derrière se cachent souvent de jolis textes, c’est le cas ici. La couverture (ci-contre) représente une vue aérienne du site de Machu Picchu, sur laquelle est superposée le drapeau suédois. On comprend vite pourquoi : Yasmine, personnage principale et narratrice, entame douloureusement ses études à Bordeaux. Elle y rencontre une jeune péruvienne qui lui fait don d’une photo du site inca, premier objet de sa nouvelle vie dans sa chambre en cité U, comme un fétiche. Cette photo, ce qu’elle représente, c’est le passé, le village et la famille laissés derrière soi. Par ailleurs, Yasmine a un objectif, un projet qui la soutient : apprendre le suédois afin de pouvoir se rendre en Suède. Une façon pour elle de se sortir de sa condition, de ne plus penser, à défaut de pouvoir l’oublier, à sa famille, et notamment à sa mère. D’où la superposition du drapeau sur la couverture du livre. Car il faut beaucoup d’énergie et d’auto-dérision à la jeune fille pour survivre. Le ton enjoué de la narratrice ne fait pas illusion bien longtemps, mais permet de ne pas suffoquer, de supporter la façon dont ce personnage survit, via le sexe, l’alcool, sa copine Sonia, et les cours de suédois, donc. En contrepoint de ce récit des premiers mois de la nouvelle vie de Yasmine, le récit en parallèle de ce qui se passe dans la vie d’Andreas, son ex beau père. On le rencontre au Maroc où vit son frère, on le suit en Allemagne où l’une de ses sœurs gère seule la vieille mère de la fratrie. Yasmine et Andreas s’appellent souvent, et c’est en suivant les pointillés au fil des pages que l’on découvre leur relation.
Ce roman très très bien écrit le rappelle : n’est pas transfuge de classe qui veut, l’esthétisation de la souffrance ne suffit pas toujours à être résiliente.
Editions Le dilettante, 2026 – 20 €